Rencontre avec Julie, la nouvelle Master of Wine française

MW : L’acronyme le plus prestigieux du monde du vin !

Julie Chéné Nyheim est l’une des rares françaises à pouvoir le mettre sur sa carte de visite. Rencontre avec une wonder woman française du vin humble et déterminée dont on va entendre parler.

Mais qui êtes-vous Julie ?

Française d’origine, globe trotteuse dans l’âme avec une passion pour les voyages, aller à la rencontre des gens, les aventures.
J’ai vécu au Maroc, en France, aux Etats-Unis et au Canada avant de me poser, par amour, en Norvège.

Ces voyages et les rencontres que j’ai faites ont forgé ma personnalité et ont fait de moi, je pense, une personne avec un sens de la curiosité très développé. Curieuse, enthousiaste et extrêmement déterminée.

Quels sont vos vins préférés ?

J’en ai beaucoup ! A travers le MW j’ai vraiment découvert la richesse et diversité du monde des vins. C’est une ouverture d’esprit que je souhaite conserver. Je recherche d’abord la précision dans l’expression du cépage. Un vin, grâce aux talents du vigneron, est avant tout un medium de communication à travers le cépage d’un moment et d’un endroit. Je préfère donc des vins sans trop d’artifices.

Mais oui, nous avons quand même toujours des préférences et chez moi, le vendredi soir on a tendance à trouver dans mes verres des vins de la Vallée du Rhône, de Bourgogne, du Piemonte et aussi des exemples fins et raffinés de l’Oregon.

En quoi consiste votre métier ?

Je suis dans l’équipe de direction d’un grand groupe d’import scandinave Altia ou je suis directrice du développement d’affaires, donc responsable de la stratégie de croissance sur le marché norvégien. Cela veut dire que je suis à la fois acheteuse, je réponds aux appels d’offre du monopole, je trouve de nouveaux producteurs de vins et je développe et supervise l’assemblage des vins pour nos propres marques. C’est très varié et cela me permet de combiner parfaitement le monde du business avec le monde du vin.

Pourquoi avoir voulu devenir Master of Wine ?

Tout d’abord parce que j’aime les défis et parce que le MW est le défi extrême dans l’industrie du vin. L’idée de rejoindre une communauté prestigieuse et internationale d’experts de vin était très attirante. J’ai aussi été très encouragée lors de mes études au Court of Master Sommelier par des Masters Sommeliers à San Francisco de me lancer dans ce parcours. Le MW est très académique et j’adore étudier donc il me semblait naturel de le tenter.

Comment devient-on MW ?

Tout d’abord il faut se voir comme MW, y croire, visualiser ce moment et s’attacher à cette vision pendant tout le parcours, qui est très dur.
Il faut y dédier énormément de travail et de concentration sur plusieurs années et utiliser toutes les opportunités sur son milieu de travail pour étudier (les salons, les dégustations, les visites de producteurs, les voyages).
Il faut être calme et aimé être en situation d’examen.
Il faut accepter au début de ne pas être forcément au niveau d’un MW, de recevoir des critiques dures d’autres MW, en d’autres termes ne pas être susceptible.
Enfin, il faut étudier avec d’autres étudiants MW qui ont la même motivation et détermination que vous. J’ai débuté le parcours du MW en même temps que mon confrère français et très bon ami Jeremy Cukierman MW. Nous avons étudié ensemble les dernières années, il était mon plus sévère critique et je le lui en suis extrêmement reconnaissante !

Qu’est-ce qui vous a paru le plus compliqué dans ce parcours ?

Pour moi, la partie la plus dure à préparer était la dégustation à l’aveugle de 36 vins car je n’avais pas 10-15 ans d’expérience dans l’industrie du vin comme les autres étudiants MW. Cela aurait pu devenir mon talon d’Achille. Heureusement, Je l’ai réussi la deuxième fois et le sentiment de réussite que j’ai ressenti quand ils m’ont appelée de Londres pour me l’annoncer a été plus fort, presque, que le jour de l’obtention de mon titre de MW.

Quels conseils donner à un aspirant MW ?

Il faut choisir le bon timing pour se lancer dans le programme, avoir une situation professionnelle et personnelle stable et saine et pouvoir dédier beaucoup d’heures par semaine et weekend à ce projet. J’ai passé une grande partie de mes vacances pendant les 4 ans du parcours MW à la bibliothèque.
Je me répète mais il faut se visualiser en tant que MW et ne pas douter de soi-même. A partir du moment où on est accepté en tant qu’étudiant MW, il faut s’exprimer, écrire et déguster en tant que MW.
Faire du sport, rester active physiquement et relâcher la pression. Le MW est un marathon intellectuel et physique.
Etudier intensément mais sur de courte période. Il y autant de différentes philosophies et approches à la préparation du MW qu’il y a d’étudiants. Certains étudient pendant des heures d’affilée, lisent tous les livres qu’ils trouvent et dégustent 10 vins par jour etc… Ca n’a pas été mon approche. J’ai étudié plus régulièrement, tous les jours mais seulement une heure afin de laisser á mon corps le temps d’assimiler les nouvelles informations. Je voulais aussi être sûre d’avoir du temps hors MW afin de ne pas saturer.
J’aime visualiser les informations quand j’étudie donc j’ai utilisé beaucoup de « flash cards » pour extraire les informations les plus importantes, je faisais des diagrammes et des tableaux et je les étudiais lors de mes déplacements professionnels dans l’avion. Il est crucial, selon moi, de trouver un système efficace et « to the point » quand on étudie pour ce titre.
Investir du temps dans la préparation mentale les trois mois avant l’examen. J’écoutais la même musique avant de me mettre à étudier ou déguster, je réservais toujours la même chambre d’hôtel, j’arrivais au moins 3 jours avant le jour de l’examen à Londres et tous les matins j’allais au centre d’examen pour visualiser les lieux. Tout cela m’a permis de minimiser les éléments inconnus afin de canaliser l’énergie sur les plus grands inconnus : les vins à déguster à l’aveugle et les essais à écrire.
Enfin, il faut s’amuser, sourire, être social et profiter de ce merveilleux défi que l’on se lance !

Quels sont vos futurs projets ?

Tout d’abord souffler et apprécier le fait que j’ai obtenu le titre de Master of Wine !
Puis, me concentrer sur mon nouveau travail que j’ai débuté il y a un mois mais aussi m’impliquer dans le réseau du MW, aider les étudiants qui débutent dans le programme, aller Londres à des dégustations ou en voyage avec d’autres MWs.
Et puis continuer d’étudier et de me tenir au courant des dernières tendances dans le monde du vin. Quand on devient Master of Wine, on doit aussi gérer les attentes en termes de connaissance de son entourage, c’est aussi une source de motivation pour continuer à apprendre !

Quelle est l’image des vins français en Norvège ?

Sur le marché norvégien les vins blancs français sont en plein essor et bénéficient d’une popularité et d’une image de qualité très stable. Les vins de l’AOC Chablis et de l’AOC Sancerre sont très prisés en Norvège.
Les vins français de haute qualité sont très bien représentés par le monopole et à des prix compétitifs. Il n’est pas rare de voir des gens littéralement camper devant le monopole pour s’assurer des bouteilles prisées de Bourgogne le jour de leur lancement par le monopole !
Récemment, on a pu noter un énorme intérêt pour les vins rouges du Rhône et le marché norvégien commence à représenter l’un des plus gros marchés d’export pour la région.
Je suis aussi contente de voir les efforts de modernité et d’innovation qui sont faits dans la région du Languedoc-Roussillon afin de créer des vins de marque pour nouveaux consommateurs ainsi que des initiatives tels que l’appellation de vin de France. Il reste beaucoup de travail à faire mais l’approche et l’audace me plaisent.

Quelles sont pour vous les grandes tendances de consommation à venir ?

En Scandinavie on voit une claire tendance sur les trois marchés (Norvège, Suède et Finlande) de croissance du rosé de Provence, des vins blancs secs de Bourgogne ou du Sud de la France et des vins effervescents (Crémant, Cava, Prosecco). Les consommateurs commencent à délaisser également un peu les vins rouges italiens de la région du Veneto en général au profit des vins du Piemonte, des vins de la Vallée du Rhône, de l’Espagne et du Chile. Je crois vraiment que le futur des vins français dans mes marchés et très positif et en tant que MW française j’en suis ravie !

Propos recueillis par Olivier Thiénot, directeur de l’Ecole du Vin de France. o.thienot@ecoleduvin.com