Interview de Nicolas Quillé, nouveau Master of Wine d’origine lyonnaise

Né à Lyon dans une famille des professionnels du vin, Nicolas a quitté sa vie natale à la conquête du Nouveau Monde. C’est dans l’Oregon, au paradis du Pinot Noir, que le nouveau Master of Wine fête sa réussite. 

Pouvez-vous nous parler de votre histoire ?

Nicolas Quillé, Master of Wine

Je suis originaire de Lyon. Mon grand-père paternel et mon père étaient agents commerciaux dans le vin et j’ai été élevé dans une famille très proche de tous les métiers de bouche.

Après mon baccalauréat je suis rentré en IUT à Lyon avec une spécialisation en agronomie. Durant cette période j’ai fait un stage chez Antonin Rodet à Mercurey qui m’a donné le désir de continuer mes études dans le vin avec un diplôme national d’œnologie à Dijon. A cette époque mon père travaillait pour les Champagnes Laurent Perrier et je pensais pouvoir partir en Champagne. C’est pour cela que j’ai continué mes études à Reims.

J’ai ensuite décidé de faire les vendanges 1997 à l’étranger et plus particulièrement aux États-Unis. J’ai été recruté par une cave à Paso Robles pour ce qui devait être juste une vendange et je ne suis jamais revenu. Je suis resté 16 mois à Paso et j’ai pris une nouvelle position avec une cave de l’État de Washington (Hogue cellars). Je suis tombé amoureux de ce coin du Nord-Ouest des États-Unis et je m’y suis installé. J’ai suivi un MBA en temps partiel à l’University of Washington de Seattle. C’est à cette période que j’ai rencontré le propriétaire de Bonny Doon en Californie qui m’a convaincu de devenir le directeur de son entreprise qui vendait 3,4 millions de bouteilles à l’époque.

Après avoir vendu deux de nos marques j’ai réalisé une « spin-off » et créé une société centrée sur les vins de Riesling de Washington appelé Pacific Rim. En 2011 nous avons vendu cette société à un importateur de vin Italien appelé Banfi qui a aussi une propriété viticole à Montalcino en Toscane. Je suis resté à bord en qualité de gérant et j’ai décidé d’ajouter la formation de Master of Wine à mon parcours.

Il y a moins d’un an j’ai été recruté par Crimson Wine Group pour être le directeur technique (« Chief Winemaking and Operations Officer » officiellement en anglais) de nos sept propriétés dans trois états produisant 4 millions de cols.

Je réside à Portland dans l’Oregon et travaille fréquemment à Napa, à Sonoma, dans la Willamette Valley et dans l’Est de Washington. 

Comment devient-on Master of Wine ? Quelles sont les qualités requises ?

Pour devenir Master of Wine il faut passer un examen en trois parties :

  • L’examen théorique : rédaction de 13 dissertations sur 17 heures en trois jours consécutifs (testant les connaissances en viticulture, œnologie, assurance qualité, commerce des vins et sujets contemporains).
  • L’examen pratique : dégustation à travers l’analyse sensorielle de 36 vins sur 7 heures en trois jours consécutifs par écrit.
  • La thèse de recherche (6 000 à 10 000 mots) : cette épreuve teste l’habilité à travailler sur un projet très précis – dans mon cas l’effet de différents agents de collage anti-phénoliques sur les arômes et les phénols du cépage Muscat blanc à petits grains.

Après l’obtention de ces trois épreuves, vous êtes admis comme membre de l’Institute of Masters of Wine. Les qualités requises sont bien sûr une bonne base de connaissance du monde du vin, un désir d’apprendre, du temps pour étudier (dans mon cas 15 heures par semaine pendant 5 ans) et une bonne dose d’humilité.

Quels conseils donneriez-vous à un Padawan qui souhaiterait devenir Master of Wine ?

D’abord de bien comprendre son niveau actuel et le niveau demandé pour réussir : avoir une bonne idée de ses faiblesses et carences aide vraiment à valoriser son temps.

Deuxièmement, une grande honnêteté envers soi-même qui aide à s’ouvrir aux recommandations parfois brutales des Masters et à re-calibrer son plan d’étude.

Troisièmement un cercle de support – la famille, des amis, les voisins ; bien que l’aventure soit solitaire, il vous faudra des encouragements et de l’aide de manière régulière.

Finalement, prendre son temps et se rappeler que nous ne soignons pas le cancer mais buvons du vin ce qui, toute proportion gardée, est relativement futile.

Etre français est-il un avantage dans vos fonctions ?

Je ne pense pas. Je suis convaincu que c’est notre éducation et notre parcours professionnel et personnel qui nous transforme et non pas notre nationalité, sexe, religion ou autre.

Quelle analyse portez-vous sur les nouvelles exigences des consommateurs nord-américains en matière de vin ?

Le marché Américain est extrêmement grand, non seulement en population totale (la moitié de la population totale de l’Europe entière), mais aussi géographiquement avec la même superficie que l’Europe. Il y a donc de grandes différences au sein des États-Unis, ce qui rend les généralisations dangereuses.

Il reste néanmoins plusieurs tendances à observer :

  • L’érosion lente des ventes de vins de moins de $10 en parallèle avec la montée des ventes de vins au-dessus de $10. Les Américains boivent des vins de plus en plus chers et les États-Unis sont les premiers consommateurs de vin en « valeur ». Il n’est pas rare de trouver des vins au verre à $20 par exemple.
  • L’influence des sommeliers et de la restauration notamment dans des villes initiatrices de tendances telles que New York, San Francisco, Chicago... Cela permet à beaucoup de vins méconnus de se vendre et on note par exemple un grand enthousiasme pour les vins d'Angleterre produits selon des méthodes traditionnelles.
  • Une diversité accrue pour le packaging non-traditionnel pour emporter du vin dans des lieux inadaptés à la bouteille en verre : le vin en canette pour la piscine ou la randonnée par exemple connaît une vraie croissance. Il y a aussi beaucoup de projets de boissons alcoolisées à base de vin aromatisées avec du café par exemple, et même de la marijuana !

Qu'avez-vous bu pour fêter votre titre ?

Bien sûr du Champagne – un Volnay 1er cru Cailleret 2010 et un Bual Madeire 1968.

Contact

Nicolas Quillé, Master of Wine
nicolas.quille@crimsonwinegroup.com
www.crimsonwinegroup.com

Découvrez nos formations diplômantes

Certification Dégustation et Conseil en Vins niveau 1

220 / pers

220 € - 1 jour / 7 heures 

Une formation diplômante sur la pratique fondamentale de la dégustation et du conseil en vins: grands cépages, géographie, méthode de dégustation, service du vin, étiquette...

En savoir plus

Certification Dégustation et Conseil en Vins - WSET niveau 2

660 / pers

660 € - 3 jours / 21 heures

Une formation diplômante sur la connaissance et la dégustation des différents styles de vins et les facteurs influençant leur qualité : cépages , facteurs naturels, savoir faire et les principales régions viticoles du monde et les spiritueux.

En savoir plus

Certification Dégustation et Conseil en Vins - WSET niveau 3

1100 / pers

1100 € - 5 jours / 35 heures

Une formation diplômante sur les techniques avancées de la dégustation et les facteurs de qualité des vins en relation avec une connaissance approfondie des différentes régions viticoles du monde...

En savoir plus

Master Level Sud de France avec un Master of Wine

220 / pers

440 € - 2 jours / 14 heures 

Une formation diplômante basée sur la dégustation et la connaissance approfondie des terroirs, cépages, méthodes d'élaboration et des différents vins du Languedoc Roussillon avec Matthew Stubbs MW.

En savoir plus