Le vin orange, effet de mode ou simple retour aux sources ?

Surprise ! Le vin orange opère depuis quelques années un retour inattendu sur le devant de la scène. Attention toutefois, celui-ci n’a rien à voir avec le vin bleu, folle création d’une équipe de chimistes espagnols ; le vin orange est un produit naturel issu d’un savoir-faire né dans le Caucase il y a près de 6000 ans. Remercions les aventuriers de l’authentique, vignerons et connaisseurs, pour cette emballante redécouverte.

Quand une quatrième couleur s’invite à la fête


Savourer un vin orange reste une expérience exaltante. D’abord pour ses racines géorgiennes puis pour la méthode singulière de macération pelliculaire longue où le raisin blanc fermente intégralement (jus, peau et parfois rafles) dans une amphore enterrée et scellée jusqu’à 7 mois. C’est cette ancestrale technique de vinification qui, avec la présence des tanins, donne au vin la subtile couleur dorée et mielleuse tirant vers l’orange et contribue à procurer en bouche fraîcheur et persistance aromatique.

De l’antique Géorgie à l’Europe de l’Ouest


Si le vin blanc de macération semble renaître sous nos yeux comme par magie, il n’avait pas pour autant disparu des radars. En effet, un petit nombre de vignerons installés tout près de nous dans un périmètre réduit entre l’est de l’Italie (Frioul) et l’ouest de la Slovénie, perpétuent depuis des générations les vendanges éraflées, soit en respectant les origines géorgiennes de vinification, soit en appliquant une vinification en cuve d’une durée plus courte comprise entre 3 et 4 mois. Et puis, il y a une dizaine d’années, à l’instar de leurs collègues siciliens et espagnols, les vignerons français respectueux des gestes séculaires leur emboîtent le pas. Dans le Roussillon, en Savoie, en Val de Loire et dans le Jura, le vin orange ravit les gourmands.

Et à l’heure de la dégustation ?


Qu’il soit produit en monocépage ou par assemblage, le vin orange exhale les particularités de son terroir. Professionnels et connaisseurs s’accordent à dire qu’il s’agit d’un vin de caractère qui exacerbe des arômes d’agrumes émaillés de notes torréfiées et épicées. Toutefois, les remarques cinglantes ne manquent pas pour relativiser l’engouement soudain, beaucoup considérant le vin orange comme un nectar bobo tout à fait dispensable au vu de son médiocre rapport qualité/prix (compter plus de 15 euros en moyenne). Si l’heure de l’apéro et le plateau de fromages semblent être les solutions de facilité pour une dégustation sans danger, le vrai défi s’inscrit dans la réussite d’un accord mets-vins. Et le potentiel est réel ! Ne boudons pas cette promesse de voyage supplémentaire vers la convivialité et le plaisir. Déjà pour le travail appliqué des vignerons, le vin orange mérite notre considération.